Kenya, juin-juillet 2007

Quel voyage!

Un petit désagrément a assombri le début de notre voyage, nos bagages sont restés à Londres! Nous les avons reçus quatre jours plus tard, alors que nous étions déjà dans le Massaï Mara. Un grand merci à l'équipe d'Enfants Entraide (Free the Children) qui non seulement nous a aidé à organiser la première partie de notre voyage mais a aussi retracé nos valises et nous les a livrées "à domicile", avec diligence, à partir de Nairobi!!

"Nous", je dois le préciser, signifie Vida, la plus jeune de mes filles, et moi. Pour Vida, c'était un premier voyage en Afrique. Elle a été une merveilleuse compagne et une photographe et une vidéaste courageuse et sûre d'elle-même. Vous pouvez lire ses commentaires et ses réflexions ci bas.

Nous avons passé une journée à Nairobi puis un petit avion à hélice nous a amenées à la schule ya bogani - Kenya School of the Savannah (École kényane de la savane) - le Free the Children Centre dans le Massaï Mara. Nous avons passé six jours au centre : nous avons exploré la campagne environnante, rencontré des membres des communautés massaï et kipsigi et visité des écoles.

Motony, Enelerai, Emorijoi. Ces trois écoles dispensent une éducation primaire, de la première à la huitième année. Elles sont construites à l'intérieur d'un grand carré, sur un terrain cédé par la communauté. Chaque classe est dans un bâtiment séparé. Un bâtiment abrite la bibliothèque et le bureau pour le directeur et les enseignants. Plus de 400 élèves fréquentent chacune des écoles.

Les classes sont propres : les planchers sont en ciment, il y a des fenêtres et de grands tableaux, peints sur les murs. Dans le toit de tôle, deux ouvertures ont été percées et des panneaux translucides assurent une plus grande luminosité. Sur chaque banc, deux ou trois enfants peuvent s'asseoir. La devise de l'école et sa mission sont affichées sur les murs.

Tous les bâtiments sont entourés d'une plate-bande fleurie. Des plaques ornent plusieurs d'entre eux, rendant hommage aux généreux donateurs qui les ont financés. Au centre de la cour, deux drapeaux flottent, l'un kényan, l'autre canadien.

Dans la bibliothèque, il y a une collection de livres intéressante et des fournitures scolaires. La plupart des manuels sont en anglais. On enseigne le kiswahili et l'anglais, les mathématiques, les sciences pures et appliqués, et les sciences sociales.

Un système de captage de l'eau de pluie permet d'en obtenir suffisamment pour les besoins de l'école. L'eau utilisée pour le lavage des mains est conservée : elle sert au lavage des classes et à l'arrosage des plantes. Des tâches de nettoyage et d'entretien sont confiées aux enfants, qui peuvent accumuler des points et obtenir en récompense un T-shirt ou des petits articles.

L'école sert aussi souvent de centre communautaire et de lieu de rassemblement, par exemple pour des séances d'information en santé, comme nous l'avons vu durant notre séjour.

À la fin de chaque journée, le directeur tient une réunion avec les enfants et leur remet parfois un message à transmettre à leurs parents.

Un vaste terrain de soccer est presque une nécessité pour chaque école. Partout où nous sommes allées, les enfants sont passionnés de ce sport. Les plus vieux sont en classe de 8 h 30 à 17 h. Le gouvernement ou un groupe d'aide humanitaire fournit un repas par jour, sinon Enfants Entraide s'en charge : on sert un plat simple mais nourrissant, une bouillie de flocons de maïs. Les enfants mangent à des heures différentes selon leur âge, et tous ont des périodes de récréation qu'ils passent dehors, à jouer et à courir.

Les enfants semblent très heureux d'être à l'école. Tous les parents sans exception reconnaissent l'importance de faire instruire leurs enfants. Toutefois, la pauvreté est un obstacle majeur à la poursuite des études au niveau secondaire. Les frais de scolarité sont élevés lorsqu'il existe une école proche, presque prohibitifs lorsqu'il faudrait que l'enfant soit pensionnaire (ils sont d'environ 1 200 $ par année, pour 3 trimestres).

Alors que les frais de scolarité du niveau primaire sont abolis depuis quelques années, ceux du niveau secondaire ne seront que légèrement réduits par le gouvernement au début de la prochaine année scolaire, soit en janvier 2008.

À part la pauvreté, les principaux obstacles à la fréquentation de l'école secondaire, chez les filles, restent le mariage et la grossesse. À 12 ans, la plupart des filles doivent être excisées ; elles sont alors considérées comme des femmes et elles doivent se marier. Une femme mariée cesse d'aller à l'école et elle n'y retournera pas ultérieurement car elle doit rester avec son mari et sa famille.

Les parents doivent doter la future mariée, ce qui exerce une pression sur les familles pauvres qui ne voient pas ce qu'elles gagneraient à faire instruire leurs filles puisqu'elles quitteront la maison de toute façon.

L'excision et le mariage précoce des filles sont en régression lente, la scolarisation étant en place depuis quelques années dans la plupart des communautés. Les modèles féminins font une énorme différence dans la manière dont les communautés et les familles voient la valeur des filles et leur rôle dans la société. Elles se rendent compte de tout le potentiel que possède une fille.

Avant la construction d'une école, Enfants Entraide travaille en étroite collaboration avec la communauté pour s'assurer de son engagement profond et de sa participation au projet. Le terrain est cédé par la communauté, qui fournit également la majeure partie de la main-d'œuvre et qui est en partie responsable de l'entretien quotidien de l'école et des réparations mineures. Les salaires des enseignants sont payés par le gouvernement. Les bâtiments, bien conçus et propres, l'équipement et les fournitures scolaires adéquats et l'engagement profond de la communauté sont des éléments qui contribuent à maintenir le personnel enseignant en place parce qu'il est satisfait des conditions de travail.

Nous avons vu des communautés qui prennent leur développement à cœur. Les gens travaillent côte à côte et créent des groupes de soutien ; ils utilisent leurs talents et font preuve de détermination pour assurer un meilleur avenir à leurs enfants. Nous savons que notre investissement de 100 000 $ à la fin de 2007, en partenariat avec Enfants Entraide, donnera des résultats aussi positifs dans une autre communauté dans le Massaï Mara en 2008. Vos dons seront bien investis!

Ensuite Nairobi…

Notre voyage ne s'est pas terminé là. Nous avons visité de nombreux autres projets et organismes durant notre séjour à Nairobi pour continuer d'apprendre comment la fondation peut répondre aux besoins sur le terrain de la façon la plus efficace possible. Ce sont des partenaires avec qui nous envisageons possiblement de travailler dans les années futures.

Nous nous sommes arrêtées aux bureaux de MYSA (Mathare Youth Sports Association), une association sportive regroupant des jeunes de Mathare (consulter le site www.mysakenya.org). Nous avons été stupéfaites de la profondeur et de l'ampleur du soutien qu'elle offre aux jeunes qui vivent à Mathare, une vaste agglomération de bidonvilles à Nairobi. Nous en avons parcouru quelques rues avec deux employés de MYSA. Les conditions de vie des familles sont incroyables! Encore aujourd'hui, en y repensant, il m'est très difficile de comprendre comment les gens peuvent survivre à une si épouvantable misère. Pas d'eau potable, pas de latrines, aucune hygiène, pas d'électricité, des abris minuscules et insalubres dans lesquels les gens vivent les uns sur les autres - nous avons eu l'impression que si une personne réussissait à en sortir, c'était par miracle.

Et pourtant, au cours des 20 dernières années, MYSA a aidé des enfants à prendre les mesures pour avancer, à avoir confiance en eux-mêmes et en leur avenir, à appuyer la communauté et à devenir des citoyens solides et actifs. Au début une équipe de soccer composée de bénévoles, MYSA est aujourd'hui un regroupement de plus de 18 000 filles et garçons qui jouent au soccer toute l'année. Certains jeunes joueurs participent à des championnats internationaux. Plus important encore, ces enfants et ces adolescents sont une force avec laquelle il faut compter dans les actions visant l'amélioration des conditions de vie de la communauté. Cette association est une source d'inspiration pour des régions urbaines semblables ailleurs en Afrique. MYSA est entièrement gérée par des membres de l'association qui se sont fait remarquer en passant de joueurs de soccer à coordonnateurs et superviseurs d'activités de toute sorte : corvées de nettoyage communautaires, counseling entre pairs, sensibilisation au VIH/sida et aux questions de santé et de dépendances, et plus encore. MYSA joue un rôle vital en aidant ces enfants étonnants à développer leur potentiel.

Nous sommes ensuite allées à UNICEF Kenya rencontrer le spécialiste en charge des questions de l'enseignement pour l'ensemble du pays. Le rôle de l'UNICEF, en ce qui a trait au travail à effectuer conjointement avec le gouvernement, les groupes communautaires et d'autres ONG (organisations non gouvernementales), en est un de premier plan, au Kenya comme ailleurs. Les statistiques, les recherches et les documents d'information tout autant que l'expérience et la compétence du personnel sont à la base de la planification stratégique : les ressources, limitées, doivent être affectées aux régions qui réclament le plus d'attention. Les besoins du Kenya en aide humanitaire varient grandement d'une région à l'autre, comme nous l'avons vu au cours de nos visites dans le Massaï Mara puis à Nairobi. Le nord-est du pays a subi de graves sécheresses ces dernières années, ce qui a rendu la vie des tribus nomades très difficile. Le long de la côte, la pauvreté a favorisé l'expansion de l'industrie du tourisme sexuel, qui fait sa proie des filles surtout (une partie d'entre elles ont à peine 12 ans). La collaboration entre l'UNICEF et le gouvernement a porté des fruits dans un autre domaine : l'annonce d'une réduction des frais de scolarité au niveau secondaire.

L'AMREF (African Medical and Research Foundation), l'Association pour la médecine et la recherche en Afrique, est un autre organisme bien connu au Kenya. Originellement appelée Médecins volants , l'AMREF a son siège social à Nairobi et travaille sur le terrain depuis 50 ans. Par l'entremise d'AMREF Canada, nous avons eu la chance de rencontrer des membres du personnel, à Nairobi, et nous en avons appris un peu plus sur la manière dont l'organisme travaille non seulement dans le domaine de la santé mais également dans celui de l'éducation. Nous nous sommes particulièrement intéressées à un projet en cours en Ouganda, la démobilisation des filles enlevées et exploitées comme "femmes de brousse" durant les derniers conflits armés et leur retour à l'école.

Ce voyage, payé de ma poche, a permis à la fondation 60 millions de filles non seulement de voir les projets qu'elle appuie mais aussi d'apprendre comment mieux remplir sa mission, apporter son soutien à des projets de scolarisation des enfants et plus particulièrement des filles. En comprenant les différents obstacles et défis auxquels les enfants font face, la fondation peut mieux évaluer les projets et mieux reconnaître les partenaires qui ont le plus grand impact sur les communautés qu'ils soutiennent. De meilleures connaissances pour de meilleurs investissements ! De meilleurs et de plus efficaces investissements, cela signifie que les dons de la fondation servent encore mieux à changer les choses de manière durable pour le bien des enfants les plus vulnérables et les plus marginalisés, partout dans le monde.

Vos dons font réellement une différence.

Wanda Bedard
Présidente
Fondation 60 millions de filles



Mon premier voyage en Afrique : le Kenya!
par Vida Fereydoonzad

La chance de ma vie! Mon voyage au Kenya (avec ma mère, Wanda) m'a fait découvrir un monde tout à fait nouveau. J'en ai appris beaucoup sur d'autres cultures et mon regard sur la vie a changé. Pourtant, dans le fond, les gens que nous avons rencontrés n'étaient pas si différents de nous. Les enfants faisaient ce que font tous les enfants : ils jouaient, riaient et faisaient des bêtises.

Le Kenya est un beau pays. Les paysages qui nous entouraient étaient stupéfiants. Je m'étais toujours imaginé l'Afrique comme un continent sec et désertique, mais la campagne était couverte d'une végétation luxuriante. Et tout le monde était tellement amical! Dans le Massaï Mara, les gens nous faisaient signe de la main et nous souriaient, même lorsqu'ils étaient très occupés. C'est une chose qui me manque : ici, en Amérique du Nord, et même en Europe, lorsque vous regardez un étranger et que vous lui souriez, il est rare qu'il vous sourie à son tour amicalement.

Durant mon séjour dans le Massaï Mara, accompagnée par des membres d'Enfants Entraide (Free the Children), j'ai appris de première main l'importance qu'a l'éducation dans une société quelle qu'elle soit. Nous avons eu la chance de visiter une communauté qui possède une école depuis quelques années, et nous avons pu voir comment elle était autonome. Les femmes créaient des associations et des groupes de soutien. Les parents assistaient à des séances d'information où ils apprenaient les principes de base en santé pour pouvoir mieux prendre soin de leur famille. Il était évident que les enfants apprenaient bien à l'école et ils rentraient à la maison les poches pleines de connaissances. La communauté était plus solidaire et se renforçait. Plus important encore, elle ne perdait pas sa culture. Enfants Entraide a construit les écoles, mais ce n'est qu'avec l'aide de la communauté que l'organisme a pu faire de la scolarisation une réussite.

Je me suis rendu compte que l'éducation est réellement la solution de base à leurs problèmes. C'est par l'éducation que les gens apprennent comment rester en santé et prévenir les maladies. C'est par l'éducation qu'ils peuvent briser le cercle de la pauvreté et réussir leur vie. C'est par l'éducation qu'ils apprennent que certaines de leurs traditions peuvent être nuisibles à la santé de leurs enfants (par exemple l'excision). Ce voyage et la vision de si dures réalités m'ont fait comprendre que nous, en Amérique du Nord, nous avons une multitude d'outils et de possibilités d'action. Nous n'avons pas choisi de naître dans un pays riche. Personne, dans un pays pauvre, n'a choisi d'y naître. Nous avons la richesse et les connaissances nécessaires pour faire une différence dans ces sociétés.

Notre séjour à Nairobi, dans les jours suivant notre visite dans le Massaï Mara, a été une tout autre aventure. La capitale du Kenya est une ville sans classe moyenne et cela se voit. D'un côté de la route, il y a de très hauts édifices et des hôtels chic, de l'autre côté, caché par une clôture, s'étend un immense bidonville, Mathare, où vivent des centaines de milliers de personnes. Guidées par deux membres de MYSA (Mathare Youth Sports Association), une association sportive regroupant des jeunes de Mathare, nous avons pu le traverser à pied. Je n'arriverai pas à vous faire comprendre ce que nous avons ressenti. Ni les mots, ni les photos, ni même un film vidéo ne peuvent donner une image juste de cette réalité. J'en ai eu une petite idée en parcourant seulement quelques rues. Le peu que j'ai vu m'a dégoûtée. La puanteur, le manque d'espace et la promiscuité étaient atterrants. Des vaches, des chèvres et des porcs vivaient parmi les gens. J'ai trouvé les conditions de vie des animaux à peine acceptables, imaginez celles des familles! Pas d'eau potable, pas de toilettes, aucune hygiène; eau potable, toilettes et conditions d'hygiène acceptables sont le privilège des gens qui ont de l'argent. Avec un taux de chômage d'environ 60 %, il n'est pas surprenant que le quart de la population vive dans la plus extrême pauvreté.

Dès le lendemain de notre visite dans le bidonville, nous avons rencontré des employés de l'UNICEF. Nous avons parlé de leurs projets en cours : des changements positifs sont effectués. À l'AMREF (African Medical and Research Foundation), l'Association pour la médecine et la recherche en Afrique, on nous a également parlé des actions incroyables qui sont entreprises. À travers le monde, il y a de magnifiques projets et des personnes remarquables qui accomplissent de grandes choses. Les organismes ont de l'expérience dans les domaines dans lesquels ils travaillent et leur personnel est des plus compétent. Nous qui vivons dans les pays riches et ne pouvons faire une différence en travaillant sur le terrain, nous pouvons faire notre part et appuyer les personnes qui font une différence. Nous avons la tâche la plus facile.

Dans l'ensemble, j'ai aimé mon voyage. Mes yeux sont maintenant grands ouverts et je suis prête à passer à l'action. Je vais faire de mon mieux pour convaincre les gens que l'éducation est réellement la meilleure solution. Elle permet de résoudre bien des problèmes! J'ai vu les résultats!